Les banques françaises prêtent aujourd'hui sur 30 ans à de jeunes couples sans apport pour l'achat de leur résidence principale.
Quand j'ai eu mon premier job dans le secteur bancaire en 2002, la banque dans laquelle je bossais prêtait au maxi sur 15 ans et exigeait un apport minimum.
On envoyait nos clients qui voulaient emprunter sur 20 ans vers des organismes spécialisés. 5 ans après, on a multplié la durée par 2 et oublié l'apport. Normal, car celui qui est obligé d'emprunter sur 30 ans n'a bien souvent aucune épargne.
Les clients candidats emprunteurs ont le profil suivant (dans le Jura):
-moins de 30 ans
-2 salaires (1 emploi type bac +2 à 1300 euros net/mois * 13, 1 emploi non qualifié à 1000 euros net/mois * 12)
-Question des clients : combien on peut emprunter au maximum?
-Réponse du banquier, au maxi, sur 30 ans, vous pouvez rembourser 723 euros par mois (assurance comprise). Et donc emprunter environ 150 000 euros.
Vous avez de l'apport?"
-Oui on a ouvert 2 PEL il y'a 6 mois, on a déjà 600 euros de côté chacun.
(Super, ça va payer la moitié des frais d'hypothèque.)
-Voyez-vous Messieurs les clients, ce qui m'ennuie, c'est que vous payez un loyer de 500 euros aujourd'hui et que depuis 4 ans, vous n'avez épargné que 1200 euros. Comment allez-vous faire pour rembourser un prêt qui va vous faire sortir 250 euros de plus par mois?
De plus, vous avez tous les deux besoin d'une voiture pour aller travailler, comment allez vous faire pour changer de voiture dans les 5 ans qui viennent? MME a une 206 essence qui totalise 70 000 kms et la 309 GTI de M a déjà 16 ans.
-On va faire le tour des courtiers et changer de banque !!$¨^^!! (censuré) de banquier qui ne prête qu'aux riches!!! Vous voulez empêcher les jeunes français de devenir propriétaires comme le Président l'a dit à la télé!
(Eh oui... Il y'a encore un an, les clients faisaient le tour des banques, maintenant ils font le tour des courtiers. Et problème, les banques recoivent de plusieurs courtiers à la fois les mêmes dossiers de clients identiques, ce qui pose la question : à quel courtier je donne la commission? Si je donne à l'un, l'autre va me bouder et ne plus m'envoyer de client, ce qui serait dommage, je vais devoir me bouger et sortir de mon bureau pour aller chercher de nouveaux clients. Si je coupe la poire en deux, ils vont tous les deux me dire qu'ils ne veulent pas faire la poire...
C'est pourquoi je vais prochainement m'installer comme courtier en courtiers!)
Les clients reviennent vous voir 3 mois après avec un compromis de vente signé à 150 000 euros pour une belle maison situé à 53 kms de leur lieu de travail et avec travaux (qu'ils feront le week-end en piochant dans le crédit revolging à 16% souscrit chez Castorama). Royalement, avec l'esprit humaniste qui les caractérise, l'agent immobilier a revu sa commission à la baisse (de 12000 euros, il est passé à 9900 euros).
Au début il a bien rigolé l'agent immobilier, encore des clients qui cherchaient une maison avec du terrain mais pas trop, proche des commerces, des écoles, des transports, d'une piscine olympique, d'un bowling, hors lotissement et surtout sans voisin ni route à proximité. Finalement il leur a trouvé la perle rare, un bien idéal jeune couple : une maison mitoyenne de 70 m2 à côté de la nationale 73.
Les parents seront appelés au secours pour payer les frais de notaire qu'ils n'avaient pas prévu et qui remettent en cause le projet de leur vie. Le Président veut une France de propriétaires coûte que coûte.
Chose étonnante, ils achètent au montant qu'ils peuvent emprunter. Le vendeur doit aligner son prix sur la capacité d'emprunt de l'acheteur. Et ça ne marche que dans un seul sens car le vendeur "ne brade pas son bien, c'est une question de principe".
Ce qui se traduit dans la pratique par : "j'en veux 250 000 euros mais je peux baisser jusqu'à 220 000 euros. Autrement dit, si je trouve un pigeon qui peut emprunter 250 000 euros, je me gave... Et c'est normal, j'ai acheté en 78 pour 400 000 francs à un taux de 9% (et une inflation de 12... avec les hausses de salaire indexés dessus). J'ai habilement su faire fructifier mon patrimoine en changeant la chaudière au mazout en 91 et j'ai remplacé mes fenêtres en bois par du PVC double vitrage en 96. Et j'ai posé 11m2 de parquet flottant dans la chambre des parents, j'avais profité d'une promotion chez Leroy Merlin au printemps 2004."
Finalement dans l'histoire tout le monde est content et tout est bien qui finit bien.
Le courtier a touché 1500 euros de commissions.
L'agent immobilier a touché 9900 euros de commissions.
Le notaire a pris 12000 euros de frais.
La conservation des hypothèque a encaissé 2300 euros.
Castorama vient de fidéliser un jeune couple de bricoleurs forcés avec une réserve d'argent pour payer les carreaux et les rouleaux de papier peint.
Le banquier sait qu'il vient de faire n'importe quoi mais se rassure en se disant qu'il a une hypothèque, que le taux d'endettement est de 33.33%, en plus le dossier était dans sa délégation et quand ça partira au contentieux, il aura déjà changé d'agence deux fois. Ce qui le gène, c'est d'avoir financé ses 300 euros de frais de dossier par son propre prêt. On lui avait dit en formation crédit que c'était pas bien.
Quand au jeune couple, il n'a habité la maison que deux ans, le temps que la séparation de corps soit prononcée par le juge. De toute façon, il y'avait trop de travaux. Ils ont bien fait de revendre à un autre jeune couple qui pouvait emprunter 180 000 euros.
Finalement, on se retrouve dans la même situation que lorsque les banques prêtaient sur 15 ans.
A VOIR : Il y en a déjà beaucoup qui l'ont vu.
RARE : Personne n'en a voulu.
A RAFRAICHIR : A refaire.
A SAISIR : En vente depuis deux ans, le proprio a beaucoup besoin d'argent, le prix a beaucoup baissé.
A REFAIRE : Six mois à poncer, peindre, carreler et à errer dans Castorama.
GROS ŒUVRE : Un an à poncer, peindre... et à se fâcher avec tous ses copains.
COUR ARBOREE : Un platane qui se meurt.
VUE SUR COUR : Tu vois et tu entends les voisins d’en face et eux aussi.
REZ-DE JARDIN : Trois géraniums
ELECTRICITE EN L'ETAT : les fils électriques de 1950 sont encore sous la soie… Risque d’incendie permanent.
KITCHENETTE : Placard avec un lavabo et un micro-ondes.
STUDETTE : Tu te brosses les dents dans l'évier ou tu fais la vaisselle dans le lavabo.
CLAIR : De la lumière mais pas de soleil.
ENSOLEILLE : Sauf le soir, la nuit, l'automne et l'hiver.
DOUBLE-VITRAGE : Quand tu ouvres les fenêtres pour s’aérer, tu entends l'autoroute et les avions qui décollent.
SOUS LES TOITS : L'hiver tu gèles, l'été tu étouffes.
IDEAL PREMIER ACHAT : C'est pourri mais c'est pas cher et comme c'est votre premier achat, vous ne remarquerez peut-être pas tous les défauts.
JARDIN D'HIVER : Trois heures de nettoyage des vitres, chaque fois qu'il pleut.
URGENT : Grouillez-vous de répondre, on divorce, on est à découvert et on a acheté un autre appartement.
BIJOU : Si vous ne supportez pas les canapés -lit, oubliez.
ECOLE TOUTE PROCHE : L'unique fenêtre donne sur la cour de récréation
IDEAL ARTISTE : L'architecte était en dépression, c'est tordu, biscornu mais très original.
VIAGER OCCUPE PAR TETE DE 85 ANS : son dernier check-up est excellent.
QUARTIER TRES CALME : Aucun bar, aucun restaurant, la seule épicerie est à une demi-heure à pied.
PARKING IMMEUBLE IMPOSSIBLE : Rajouter 100 000 francs.
JARDIN JAPONAIS : deux bambous, 4 galets et une petite fontaine.
PETIT BALCON PLEIN SUD : Assez grand pour mettre un géranium, trop petit pour mettre une chaise.
MAISON D’ARCHITECTE : jolie à photographier, difficile à habiter.